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© L'Hebdo; 22.07.2004; numéro 30; page 63 L'Hebdo 22 juillet 2004 science et technologie Petits mails entre amis Anti-spam Un professeur de l'EPFL développe
un système de lutte original contre le courriel indésiré. Par David Spring. «Personne
n'envoie de spam à ses amis», indique Matthias Grossglauser, professeur
assistant à la faculté Informatique & Communication de l'EPFL. Son
système anti-spam est
basé sur l'analyse des liens de confiance existant entre les
correspondants, alors que les techniques de lutte conventionnelles
utilisent des filtres complexes contrôlant le contenu des messages. Ces
méthodes ont l'inconvénient de provoquer le rejet de
courriels légitimes. D'un autre côté, le barrage n'est pas totalement
étanche, comme chacun peut le constater quotidiennement en ouvrant sa
boîte aux lettres. L'enjeu
est de taille. L'Union internationale des télécommunications estime que
80% du
courrier électronique mondial relève du spam et que ce phénomène coûte
annuellement 25 milliards de dollars à l'économie mondiale. Sociologie
à la rescousse A priori, la piste proposée par Matthias Grossglauser
n'a rien de technologique. A la fin
des années 60, le sociologue Stanley Milgram a découvert que deux
citoyens américains pris au hasard étaient reliés entre eux par une
chaîne de connaissances d'une longueur moyenne de seulement six
personnes. L'expérience consistait à confier une lettre
à un habitant du pays, puis à la faire acheminer à un destinataire dont
l'adresse est connue, en se soumettant à l'obligation de passer
uniquement par des amis ou connaissances. Chaque membre de la chaîne,
ou noeud du réseau, devait faire de même
jusqu'au destinataire final. Cette étude a donné l'idée à Matthias
Grossglauser d'appliquer une méthode analogue à la lutte contre le
spam, en tirant parti du cercle de relations de chacun. Avec l'aide
d'un spécialiste des technologies web, il a mis en
ligne et fait breveter trustmymail.com, service gratuit ouvert au public depuis février 2004. Le
principe est simple (voir le schéma ci-dessous). Toute personne qui se
crée un compte sur le service bénéficie de protection. Si un internaute
souhaite
communiquer par courrier électronique avec un membre du réseau pour la
première fois, il devra répondre à une question-test déterminée par son
correspondant, envoyée automatiquement. L'épreuve peut être simple,
comme trouver la capitale de la France, ou
restrictive, comme donner le numéro de téléphone professionnel du
destinataire. Le courriel entrant n'est pas distribué tant que la
solution correcte n'a pas été indiquée. En cas de réponse positive, un
lien de confiance se crée, le courrier est délivré
et l'expéditeur entre dans le réseau relationnel. Si aucune réponse
n'arrive dans un délai de trois jours, le courrier est détruit. Les
amis de mes amis L'énigme à résoudre constitue un obstacle
infranchissable pour les pollueurs professionnels,
qui envoient des centaines de millions de courriels par jour. Il leur
est impossible de répondre à autant de questions différentes! Quand
un nouveau correspondant fait son nid dans le réseau, il peut
normalement communiquer sans entrave avec tous
ses membres. De plus, il apporte avec lui son propre «petit monde» de
relations. Mais le lien n'est pas automatique. S'il souhaite expédier
du courrier à une personne qui se trouve loin de lui sur le réseau
(«l'ami d'un ami d'un ami»), il devra peut-être
répondre à une question-test. La confiance, calculée pour chaque
message par le serveur, dépend de la distance sociale entre les
correspondants et de la fréquence des messages échangés. «Cela
se passe ainsi dans la vie réelle», ajoute Matthias
Grossglauser. Si une personne reçoit une information provenant d'un
inconnu, elle cherchera à vérifier la crédibilité de son correspondant
auprès de ses connaissances, en faisant si nécessaire appel au réseau
social de celles-ci. Objections
Mais il
arrive que l'internaute reçoive du courrier généré automatiquement par
une machine, lorsqu'il fait un achat en ligne. Dans ce cas, la
question-test demeurera irrésolue. Pour résoudre ce problème, le
destinataire peut consulter son courrier en suspens et
donner «manuellement» l'autorisation à chaque expéditeur. Ce dernier ne
sera à l'avenir plus soumis à la question. Que
se passe-t-il si un membre du réseau ouvre volontairement la porte au
spam? «Aucun problème», rassure Matthias Grossglauser. Le
pollueur aura bien accès à la boîte aux lettres du mouton noir, mais
n'aura aucune connaissance de son réseau social, géré par le serveur.
Aucun membre du réseau ne connaît les liens de confiance existants, qui
varient en permanence. «A
l'avenir,
nous chercherons à distribuer ce système sur d'autres messageries»,
prévoit Matthias Grossglauser. Son système compte actuellement quelques
centaines de membres, et s'accroît progressivement. Le professeur
cherche à vérifier son hypothèse à grande
échelle. | www.trustmymail.com
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